« Hexagone pose les formes d’une poésie urbaine dans laquelle l’intimité percute le politique. L’histoire d’amour, le cours de l’Histoire, et ses contours géographiques.
Ce long poème nous ouvre les portes d’un amour vibrant, dont la douceur n’a d’égale que le tragique. Cet effondrement que l’on devine en filigrane. Comme les pièces d’un puzzle qui se rassemblent au fil de la lecture. L’hexagone qui se reconstitue, en se fragmentant. Histoires de ruptures et de deuil. Destins croisés puis défaits ; quand la poésie imprime la résistance intime et désarme la violence d’un monde, et d’un pays, qui tournent le dos au sensible ».
Texte de présentation du texte par Yan Kouton, écrivain, poète et musicien, Maison de la Poésie de Brest

Proposition poétique publiée aux éditions QazaQ, dans la collection de la Maison de la Poésie de Brest en juin 2026, Hexagone est construit comme un projet ouvert puisqu’aussi associé à un projet photographique – les images sont très présentes à l’intérieur du texte, de l’évocation d’Un Chant d’amour (1950) de Jean Genet à d’autres formes visuelles attachées à l’actualité sociale et politique -.
Hexagone a donné lieu à une première lecture performée le 12 mars 2026 à la Galerie Michel Journiac (Paris, 15), lors des 7e rencontres Journiac. Pour en prolonger le geste, un projet de création sonore est actuellement en cours de production. Dans celui-ci sont notamment intégrés différentes strates sonores et fragments musicaux en écho au texte (Douce France du groupe Carte de Séjour, Week-end à Rome d’Étienne Daho,…).




extrait
et les bruits du périphérique
et leurs rires et les nôtres
emportés par le temps
qui efface nos vies
la vie quoi
et l’hexagone
qui s’affichait
sur les murs
dans les manuels passés
ses découpes et ses reliefs
ses noms de villes
agissant
comme des mystères
et les quatre-mille-huit-cents-sept mètres
tu te souviens
peut-être dans la bouche
de celui qui n’a pour toi
plus de visage
devenu juste un nom comme un vestige
seuls deux ou trois ont survécu
dans ta mémoire
avec la précision du seize millimètre
un monde d’images
et d’amitiés
c’était l’enfance
et comme tout le reste
elle n’est plus
mon pays
oui mon pays
comme une étrange formule
et l’oubli imparfait
et les lumières
oui c’était ça
les lumières
le pays des lumières
comme on l’a appris
à nos dépends
et je pense à Malik Oussekine
aux lacrymos
qui obstruaient le ciel
l’hiver en France
le sang sur les pavés
et les unes des journaux
mon pays
celui qui lave les blessures
par d’autres blessures
et s’affranchit du passé
et je sais
oui je sais
que les barricades finissent toutes
par se ressembler
toutes blanchies par les jours
et rien
non rien
pour tenter de les retenir
pour les contaminer
de désir ou d’effroi
